LinkedIn mesure depuis 2020 le temps que ses membres passent sur chaque publication, et ses ingénieurs citent encore le long dwell parmi les deux objectifs de leur modèle de classement en 2026. Leurs trois publications ne chiffrent en revanche aucun seuil en secondes.
Envie de savoir si le temps passé sur vos publications LinkedIn pèse vraiment sur leur visibilité ? Le sujet circule beaucoup, avec des seuils de 30 ou 60 secondes présentés comme des règles. Pourtant, la source la plus solide reste LinkedIn lui-même, car son équipe d’ingénieurs a décrit le dwell time dès le 12 mai 2020, puis l’a repris dans ses publications de 2026. Dans cet article, je vous explique ce que LinkedIn mesure, comment il l’utilise pour classer les publications et ce qu’il ne chiffre pas. Je vous propose ensuite quelques pistes, afin que vous puissiez en tirer quelque chose pour la communication de votre entreprise.
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Le dwell time LinkedIn mesure le temps passé sur une publication, avec ou sans clic
Le dwell time désigne le temps qu’un membre consacre à une publication de son fil. LinkedIn l’a défini le 12 mai 2020 dans un billet de son équipe d’ingénierie, signé de Siddharth Dangi, Johnson Jia, Manas Somaiya et Ying Xuan. Chaque publication affichée génère deux mesures. La première est le temps « sur le fil », qui démarre quand au moins la moitié de la publication est visible pendant le défilement. La seconde est le temps « après le clic », passé sur le contenu une fois ouvert.
Ainsi, le temps passé sur le fil existe pour chaque publication affichée, y compris quand le membre ne fait aucune autre action. Cela signifie qu’un post que vous publiez est mesuré même s’il ne reçoit ni clic ni réaction.
Pourquoi les clics et les réactions ne suffisent pas
Les modèles de classement décrits dans ce billet s’appuyaient d’abord sur les clics et sur les actions dites virales (réaction, commentaire, partage). Les ingénieurs de LinkedIn en relèvent trois limites :
- Ces actions sont rares chez les membres qui consultent le fil sans jamais réagir
- Elles sont binaires : le membre les fait ou ne les fait pas
- Le clic est un indicateur bruité, car un membre peut ouvrir un article puis revenir au fil quelques secondes plus tard (LinkedIn parle de « click bounces »)
Le temps passé, lui, se mesure pour chaque publication et donne une valeur continue plutôt qu’un oui ou un non. De plus, LinkedIn estime qu’il peut constituer un indicateur plus fiable de l’intérêt d’un membre.
LinkedIn déclasse depuis 2020 les publications qu’un membre fait défiler sans s’arrêter
Que se passe-t-il quand un membre fait défiler une publication sans s’arrêter ? À partir des courbes de temps passé sur mobile, les ingénieurs ont repéré des publications regardées très brièvement, sans aucun clic ni action virale. Ils ont cherché le seuil, noté Tskip, en dessous duquel la probabilité d’une action est proche de zéro, et ils l’ont trouvé. Une publication vue moins longtemps que Tskip est classée comme ignorée.
LinkedIn a ensuite ajouté un objectif P(skip) à sa fonction de classement. Le score de chaque publication est réduit en proportion de la probabilité prédite qu’elle soit ignorée. Les tests A/B, menés sur une petite part des membres, ont montré une forte baisse des publications ignorées, davantage de clics et d’actions virales, et plus de temps passé sur le fil. Le modèle a ensuite été déployé auprès de tous les membres.
Un seuil exprimé en unités normalisées, pas en secondes
Les graphiques publiés par LinkedIn illustrent ce seuil, mais leur axe est gradué en unités normalisées. Aucune valeur en secondes n’y apparaît, et vous n’y trouverez aucune durée à retenir.
Source : LinkedIn Engineering (12 mai 2020). L’axe horizontal est le temps passé, en unités normalisées.
LinkedIn précise aussi qu’un seul seuil Tskip fonctionnait pour tous les types de publications étudiés. Les membres décident donc s’ils passent ou s’ils restent dans un laps de temps comparable, que la publication soit un article, une image ou une vidéo.
Source : LinkedIn Engineering (12 mai 2020). Le même seuil Tskip s’applique aux six types de publications.
En 2026, le long dwell reste l’un des deux objectifs du classement LinkedIn
Le billet de 2020 annonçait déjà des essais sur un modèle de long dwell, c’est-à-dire la probabilité qu’un membre reste plus longtemps qu’un seuil sur une publication. Six ans plus tard, une publication de recherche de LinkedIn, signée de Lars Hertel et de ses collègues en février 2026, décrit le modèle Feed SR. Celui-ci optimise deux objectifs. Le premier est le long dwell, défini comme le fait de rester sur une publication plus longtemps qu’un seuil qui dépend du type de publication. Le second est la contribution, c’est-à-dire une réaction, un commentaire ou un partage.
Feed SR remplace un ancien modèle de classement et sert la majorité du trafic du fil depuis plus de trois mois, pour 1,2 milliard de membres. Dans les tests A/B en ligne, il augmente le temps passé de 2,10 % et les réactions, commentaires ou partages de 3,52 %, par rapport au modèle précédent.
Des signaux passifs et des signaux actifs, traités séparément
Dans son billet d’ingénierie du 12 mars 2026, Hristo Danchev répartit les actions prédites en deux familles. Les actions passives regroupent le clic, le passage sans arrêt et le long dwell. Les actions actives regroupent la réaction, le commentaire et le partage. Le modèle analyse en outre plus de 1 000 interactions passées de chaque membre.
Les réactions et les commentaires comptent-ils encore ? Oui, car le dwell time ne les a pas remplacés : LinkedIn les conserve comme un objectif distinct.
Dwell time LinkedIn : ce que ces publications documentent, et ce qu’elles ne chiffrent pas
Les trois publications citées plus haut permettent de séparer ce qui est documenté de ce qui circule sans source. Si vous cherchez un chiffre, voici d’abord ce qui est documenté :
- Le temps passé est mesuré sur le fil, dès que la moitié de la publication est visible, et après le clic
- Un seuil Tskip sépare les publications ignorées des autres, et il était identique pour tous les formats étudiés en 2020
- Le seuil de long dwell dépend du type de publication en 2026
- Le long dwell et la contribution sont deux objectifs distincts de Feed SR
Ces documents ne donnent en revanche aucune valeur en secondes, ni pour Tskip ni pour le seuil de long dwell. Fast Growth Advisors, qui a passé au crible ces mêmes publications, arrive à la même conclusion. Cette société signale aussi trois affirmations sans source vérifiable :
- Un seuil de 30 ou de 60 secondes
- Des taux d’engagement par tranche de temps, de 1,2 % sous 3 secondes à 15,6 % au-delà de 60
- Un Depth Score, qui n’apparaît dans aucune des publications LinkedIn consultées
Le dwell time a-t-il perdu son importance avec 360Brew ?
Vous avez peut-être lu que le dwell time ne compterait plus. C’est ce qu’avance Luneos : le dwell time n’aurait été qu’un signal secondaire de l’ancien algorithme, et seule compterait désormais la qualité des interactions. Or 360Brew est le nom d’un modèle décrit dans une publication de recherche de LinkedIn en janvier 2025, et Fast Growth Advisors ne trouve aucune confirmation de son déploiement. Les publications de LinkedIn sur le classement du fil en 2026, elles, citent bien le long dwell.
Ce que le dwell time change pour les entreprises sur LinkedIn
LinkedIn ne publie aucun conseil de rédaction lié au dwell time dans ces documents. Les pistes ci-dessous relèvent donc d’un raisonnement à partir de ce qu’ils décrivent, et non de consignes de la plateforme. Que pouvez-vous en faire concrètement ? Je vous propose quatre pistes, telles que vous pouvez les appliquer à vos publications :
- Le temps sur le fil compte dès que la moitié de la publication est visible : vous n’avez pas besoin de provoquer un clic pour qu’une lecture soit prise en compte
- LinkedIn observe que le membre tranche vite entre passer et s’arrêter, si bien que les premières lignes de vos publications décident de la suite
- Le seuil de long dwell varie selon le type de publication, et vous gagnez à comparer vos textes, vos images et vos vidéos entre eux plutôt qu’avec un nombre de secondes universel
- LinkedIn se dit attaché à un temps bien employé plutôt qu’à un temps plus long, et Social Media Today rapporte qu’il déclasse les publications qui incitent à réagir, comme « Commentez Oui si vous êtes d’accord »
Dwell time LinkedIn : ce qu’il faut retenir en 2026
Le dwell time n’est ni un mythe ni une règle chiffrée. LinkedIn mesure le temps passé sur chaque publication depuis 2020, s’en sert pour déclasser celles qui sont ignorées et le conserve en 2026 comme objectif de son classement, sans publier de seuil en secondes. Pour la communication de votre entreprise, cela invite à observer vos formats plutôt qu’à viser un chiffre trouvé dans un guide. Avez-vous déjà comparé la façon dont vos textes, vos images et vos vidéos retiennent votre audience sur LinkedIn ?
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